Nord -Marc

En MEMOIRE DE NORD MATIN

 

 

C'était il y a 30 ans, une institution du paysage médiatique régional allait disparaître. NORD MATIN, grand quotidien du Nord et du Pas de Calais avait vu le jour au lendemain de la seconde guerre mondiale à l’initiative des socialistes des deux départements. Il s’agissait en fait d’une relance du « Réveil du Nord » qui avait vu le jour au début du siècle et dont la parution avait été interrompue pendant la guerre de 1939-45.

Nord Matin trouvait son audience dans les milieux ouvriers : mineurs, métallurgistes et sidérurgistes, employés des industries textiles, marins pêcheurs….. Il avait compté jusqu’à 300 000 lecteurs, ce qui apparaît comme un record aujourd’hui pour un quotidien régional et cela malgré la concurrence des autres titres de la région : Liberté, proche du parti communiste ; Nord Eclair et la Voix du Nord, qui eux aussi se mirent à diffuser au lendemain de la guerre.

Il apparaît dérisoire aujourd’hui de montrer du doigt les coupables de la disparition de Nord Matin, « Nord Minteux » comme se plaisaient à ironiser ses plus fidèles lecteurs dans le bassin minier. Victime de la concurrence et d’une gestion sans trop de rigueur, absence d’investissements, ont conduit les responsables du journal à le céder au groupe de presse Hersant, à la fin des années 60. qui, semble-t-il, ne parvint pas, lui non plus, à redresser la barre, si bien que dix ans plus tard, la clé fût mise sous la porte !

J’étais de ceux qui, à l’époque, travaillaient à l’agence de Lille, avec quelques survivants, car en 1979, l’entreprise avait déjà bien réduit ses activités Puis il nous fallut partir, laisser la place aux démolisseurs. Le quartier Saint-Sauveur, à Lille, ne tarda pas à se métamorphoser et les anciennes installations du journal, des bureaux, de l’agence, de l’imprimerie, abrités depuis des décennies dans un ancien édifice religieux, firent place à un complexe immobilier.

Les vieux lillois du quartier ont encore en mémoire les ronronnements nocturnes de la rotative, et des moteurs de camion, qui au petit matin, fendaient la brume pour aller livrer les journaux partout dans la région.

Nord Matin était parmi les derniers journaux quotidiens, a encore imprimer « au plomb », une technique aujourd’hui disparue, sauf peut être chez certains petits imprimeurs installés dans la France profonde. J’ai conservé trente ans quelques photos du « marbre » et des linotypes, ne sachant qu’en faire, jusqu’à ce jour où, enfin je me décide à les publier dans ce « blog ».

Elles ont valeur de documents car on ne trouve plus de « lino », que dans les musées. Elles ont aussi une valeur sentimentale, car elles ont pénétré à jamais la mémoire d’un journaliste, qui n’a pas oublié l’épopée du quotidien Nord Matin.      .MV

 


Les « linotypes »                                Le « marbre », sous la lumière divine !!!

 

 

 Photos : une « lino ». Cette machine servait à taper des textes en lettre de plomb en colonnes calibrées. Elle utilisait une fonderie intégrée. Les colonnes de textes allaient ensuite rejoindre les « clichés » métalliques des photos au « marbre » dans une forme rectangulaire aux dimensions de la page de journal. Le tout imprimé à l’envers, permettait la fabrication d’une page en relief (à l’endroit) sur du carton compressé, « le flan » qui était lui-même utilisé pour produire une page courbée en métal (à l’envers) appliquée sur les cylindres de la « roto » pour imprimer le journal, enfin à l’endroit.

Le tour était joué. Il s’agissait d’une véritable industrie qui avait recours à différents corps de métiers : linotypistes, cadreurs, fondeurs, imprimeurs, rotativistes qui avaient obligation à boire du lait pour se préserver du saturnisme ! Sauf peut-être au soir du dernier jour, où se substituèrent d’autres breuvages au lait !!!

 



14/05/2009
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