Nord -Marc

EECKE, LA CITE ENGLOUTIE (suite et fin)

Si l’on peut considérer que le village d’Eecke a bien existé et disparu au V ème siècle sous la mer lors de la seconde transgression dunkerquienne, quelle que soit l’origine de cette «  super-marée », on a plus de mal à expliquer pourquoi a été entretenue cette légende qui veut que les cloches de l’église engloutie continuent de sonner le glas à la veille d’une catastrophe.

Il y aurait bien une explication, mais un peu tirée par les cheveux. En effet, en admettant qu’un tremblement de terre ait déclenché un tsunami en plaine maritime de la Flandre française, on peut supposer que le séisme ait fait trembler les cloches avant l’arrivée des flots. Ceci expliquerait cela : le glas a sonné pour annoncer la catastrophe.

Si c’était le cas, les premiers missionnaires chrétiens de l’époque auraient eu tout intérêt  à entretenir l’idée que Dieu, le seul et unique, ait ainsi prévenu les habitants de la région à l’imminence d’une catastrophe. D’autant que ces mêmes missionnaires avaient à lutter contre des croyances diverses et variées bien enracinées au sein des populations. Le « Mithraisme », par exemple. Ce culte païen apparu au moyen orient au II ème siècle avant J.C. s’était propagé dans tout l’Empire romain, y compris dans le nord de la Gaule, par les légions romaines. Au V ème siècle dans nos contrées, on pratiquait le culte de Mithra dans des temples qui prenaient l’aspect de grottes, lieux obscurs où l’on sacrifiait des taureaux. Il fallait bien sûr aux évangélisateurs d’alors, éradiquer cette ridicule coutume au profit du christianisme.

Mais se pose alors une question : y avait-il déjà des églises et donc des cloches au V ème siècle ?

On est peu renseigné sur ce point. Il est cependant fort probable que, plutôt que de se réunir dans une église telle qu’on les connaît aujourd’hui,  les chrétiens du V ème siècle se rassemblaient chez l’un ou chez l’autre, au mieux dans un bâtiment semblable aux autres, réservé au culte. Quant aux cloches, elles ne sont apparues dans de véritables églises qu’une bonne centaine d’années après l’immersion de Eecke.

Toutefois le principe d’alerter les populations d’un danger quelconque, ou de les appeler à se rassembler, se pratiquait chez les gaulois : on frappait un disque de bois, sorte de gong, en fait une simandre.

On  ne peut donc pas exclure qu’existait bien Eecke, ce village de marchands d’étoffes et d’exploitants de salines, une communauté de quelques dizaines de personnes en partie converties au christianisme. On ne peut pas exclure qu’ils utilisassent un local afin de s’y rassembler à l’appel de la simandre pour écouter la bonne parole d’un missionnaire de passage. On ne le peut pas.

Mais on ne peut non plus certifier que le son du glas les ait prévenus d’un danger.

Toujours est-il que la légende de Merckeghem s’est perpétuée jusqu’à nous et que tout ce que l’on peut souhaiter aujourd’hui, c’est que l’on ne l’entende plus jamais sonner !



31/01/2011
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